Le port du masque

Le port du masque s’est généralisé en l’espace de quelques semaines. Recommandé puis obligatoire dans certains contextes, il fait à présent partie de notre étrange quotidien. Et ce n’est pas sans inconvénients, ni pour celui qui le porte, ni pour son interlocuteur. Le sujet pourrait être traité sous différents angles. Je ne m’intéresse pas ici à l’aspect symbolique, identitaire ou dépersonnalisant, mais aux dimensions touchant tout particulièrement (mais pas exclusivement) les personnes avec autisme : la communication sociale et la sensorialité.

Quand porter un masque est difficile

Porter un masque n’a rien d’agréable ou d’habituel. Il constitue une gêne sur le visage et pour la respiration. Pour certains, il augmente le sentiment d’anxiété, avec la sensation d’enfermement qu’il rappelle.

Pour les personnes présentant des particularités sensorielles, en l’occurrence une hypersensibilité tactile, il peut être plus difficile à supporter. Ainsi, des parents d’enfants avec autisme ont pris les devants en essayant d’habituer leur enfant progressivement au port du masque. Certains parviennent à le supporter, d’autres pas.

Mais si le port du masque s’avère difficile, voir les autres masqués l’est tout autant.

Quand voir les visages masqués est difficile

Pour communiquer, nous utilisons le canal oral (en particulier la parole) ainsi que des indices non-verbaux. Ceux-ci comprennent les postures et la gestuelle, mais aussi un large répertoire de mimiques. Ainsi, notre expression faciale véhicule continuellement des messages non-verbaux, intentionnels ou non. Ces messages tantôt complètent notre parole en l’appuyant ou en la nuançant, tantôt sont indépendants de notre parole et suffisent à eux seuls.

Au niveau de notre visage, les lieux les plus vecteurs de communication sont les yeux et la bouche. Ce sont des lieux très contrastés, qui captent le regard des nouveau-nés. Comme programmés pour développer la communication sociale, les nourrissons s’intéressent très tôt aux expressions faciales et apprennent progressivement à les décoder.

Certains enfants à développement atypique n’apprennent pas naturellement à décoder les expressions faciales : c’est le cas des enfants atteints d’autisme. D’autres se fient tout particulièrement aux expressions faciales : c’est le cas des personnes sourdes et malentendantes.

Quel est l’impact du port généralisé du masque pour les personnes autistes, lorsque la bouche devient invisible ? Deux hypothèses opposées coexistent :

  • Les personnes avec autisme traitent plus facilement l’information lorsqu’il y a peu de stimulations. Ainsi, en l’absence de stimulation de la bouche en mouvement, ces personnes arriveraient mieux à focaliser leur attention et interpréter l’information issue du regard ou de la parole. Le port du masque faciliterait donc l’interaction sociale.
  • Les personnes avec autisme traitent l’information avec un important attachement au détail. Autrement dit, en masquant une partie du visage, on modifie le stimulus qui ne sera pas interprété de la même manière qu’auparavant. Le port du masque entraverait donc l’interaction sociale, jusqu’à ce que la personne apprenne les nouveaux stimuli pertinents.

En résumé, sur base théorique les deux hypothèses sont valables. Il reste à observer l’effet réel pour chaque personne et à s’ajuster aux besoins individuels.

Des masques à fenêtre

Les sourds et malentendants ont clairement besoin de voir l’ensemble du visage et en particulier la bouche pour communiquer. Aussi, des masques à fenêtre transparente ont vu le jour. Des orthophonistes et professionnels de la petite enfance y sont également venus depuis le 11 mai dernier, et je n’y ai pas échappé ! La fabrication est moins aisée que pour des masques classiques, mais on trouve différents tutoriels sur internet pour en confectionner soi-même (voici celui que j’utilise et le patron correspondant).

De mon expérience, le masque à fenêtre surprend au premier abord, car il est encore inhabituel. Puis rapidement, l’interlocuteur trouve agréable de voir la bouche et comprend plus clairement les propos. Avec la fenêtre, on communique à nouveau nos émotions et notre empathie.

Une collègue travaillant auprès d’enfants avec autisme m’a fait ce retour : « J’accompagne une enfant avec un retard de développement qui cherche continuellement à arracher le masque des différents intervenants. Elle semble vraiment avoir besoin de voir la bouche des personnes. Mais lorsque je la rencontre avec mon masque à fenêtre, elle ne cherche pas à l’enlever et nous pouvons réaliser la séance normalement ».

Si vous l’avez testé, je serais heureuse de lire vos retours d’expérience dans les commentaires.

Patron pour ceux qui préfèrent le masque du porc au port du masque.